
Un manager se doit d’avoir une vision d’ensemble d’une situation donnée, sans quoi il ne peut pas s’en faire une idée juste et prendre les décisions idoines. C’est ce que nous enseignons dans nos écoles, dans des cours de management général, car il faut rappeler que, par-delà sa spécialité (gestion, ressources humaines, marketing-communication), le manager est avant tout un cadre, un décideur, un officier dirait-on en langage militaire.
L’affaire Bolloré : l’arbre qui cache la forêt médiatique française
Choisissons, comme nous le faisons souvent, dans l’actualité, pour fournir un exemple. Depuis quelques temps, on entend pousser des cris d’orfraie sur l’empire Bolloré, ou plutôt une partie de son empire, qui est médiatique ; des cris si aigus que l’on en perd la vision d’ensemble. La réalité est que la totalité des grands médias français, presse écrite, parlée, filmée, appartient à sept milliardaires, dont trois sont étrangers. Nous mettrons de côté Dassault, qui possède « seulement », si l’on peut dire, Le Figaro, et M. Stérin Valeurs Actuelles, mais ce n’est rien à côté des sept milliardaires évoqués. Et nous mettrons de côté également les publications mineures, même possédées par d’autres milliardaires comme MM. Pigasse ou Branson.
Bernard Arnault : quand le luxe contrôle la presse économique française
Le Parisien, Investir, La Tribune, Les Echos, Radio classique, appartiennent à Bernard Arnaud, dont l’épouse proclame qu’elle voterait volontiers pour M. Mélenchon, ce qui signifie bien que le vrai pouvoir ne sort pas des urnes, et surtout que la noblesse (Arnaud) et le clergé (Mélenchon) s’allient naturellement contre les partis populaires. Et enfin, qu’il est difficile de proposer une analyse économique dissidente, quand tous les grands journaux spécialisés dans cette matière marchent d’un même pas.
Xavier Niel, Patrick Drahi, Mohn, Kretinsky : la cartographie des milliardaires des médias
Le gendre de Bernard Arnaud, Xavier Niel, possède Le monde, Télérama, Courrier international, Brut, L’Informé (oui, c’est son titre), Le Crayon, Huffington post.
L’Israélien Patrick Drahi possède BFM, RMC, I-24 et Libération. L’Allemand Christophe Mohn possède M6, W9, RTL et Fun Radio. Le Tchèque Daniel Kretinsky possède Marianne, Elle, Télé 7 jours, Loop Sider , mais aussi 5% de TF1.
Bouygues et Bolloré : les groupes audiovisuels français sous influence
TF1 appartient à M. Bouygues, mais aussi TMC et LCI.
Vient enfin celui dont le cas semble cacher les six autres, M. Bolloré qui possède Canal, C Star, Cnews, Europe1 et Le JDD (sa chaîne C8 a été fermée par l’Etat).
80 % des médias privés entre sept mains : une situation monopolistique inquiétante
Ces sept milliardaires possèdent 80% des médias privés en termes d’audience. On voit que la question ne se limite pas au seul M. Bolloré, mais sur une situation monopolistique, et surtout sur le fait de savoir si elle pèse exagérément sur les consciences. Jim Morrison, le célèbre rockeur américain, disait que « celui qui contrôle les médias contrôle les esprits » ; c’est d’abord vrai pour le système scolaire, mais on peut en effet au moins se poser la question, compte tenu des puissants moyens d’agir sur notre cerveau reptilien : nous savons cela depuis les travaux de Le Bon sur la psychologie des foules, et ceux de différents auteurs portant sur la fabrique du consentement.
Indépendance journalistique et fabrique du consentement : ce que révèle l’affaire Marianne
Quant à l’indépendance journalistique, on connaît le fameux épisode de la couverture de Marianne, montrant les deux finalistes d’une élection présidentielle, avec cette alternative : « La colère ou le chaos », couverture modifiée sur ordre de M. Kretinsky, lui-même non-électeur puisque Tchèque : « malgré la colère, éviter le chaos ». Les directeurs de rédaction sont choisis par le propriétaire, ce qui réduit à rien la liberté des journalistes. D’autre part, les médias coûtant bien plus qu’ils ne rapportent, les grands propriétaires s’en servent d’abord comme instruments politiques pour favoriser leurs affaires en partenariat avec la République. Voilà ce qu’il faut savoir quand on allume son poste ou que l’on achète son journal…
Sources :
